OTIBCA
Observatoire du Trafic Illicite des Biens Culturels en Afrique
Outil ICOM · 6 Listes Rouges africaines

Listes Rouges ICOM pour l'Afrique

Identifier les catégories d'objets africains les plus menacés de trafic illicite

Qu'est-ce qu'une Liste Rouge ICOM ?

Les Listes Rouges de l'ICOM (Conseil International des Musées) sont des outils de référence pratiques conçus pour aider les douaniers, les policiers, les commissaires-priseurs, les marchands d'art, les musées et le grand public à identifier les catégories d'objets culturels qui sont régulièrement victimes de trafic illicite.

Chaque Liste Rouge se présente sous la forme d'un document illustré décrivant les principaux types d'objets à risque dans une région ou un pays donné, avec des photographies, des descriptions techniques et des indications sur leurs zones de provenance habituelles. Elles ne constituent pas une liste exhaustive de pièces volées recensées, mais plutôt un guide typologique par catégories d'objets.

Comment les utiliser concrètement : un douanier qui intercepte un colis contenant des objets susceptibles d'être africains peut consulter la Liste Rouge correspondante pour vérifier si le type d'objet correspond à une catégorie signalée, et exiger la présentation d'un certificat d'exportation valide avant tout transit. Un acheteur ou commissaire-priseur doit vérifier qu'un objet présentant des caractéristiques de ceux listés dans une Liste Rouge est accompagné d'une provenance documentée remontant à avant 1970 (standard UNESCO).

Chiffres clés

18
Listes Rouges ICOM publiées dans le monde
6
Listes Rouges couvrant l'Afrique
2000
Première Liste Rouge africaine (Afrique de l'Ouest)
30+
Langues de publication disponibles
100+
Pays où les Listes sont utilisées par les douanes

Les 6 Listes Rouges africaines en détail

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2000 (révisée 2010)

Liste Rouge de l'Afrique de l'Ouest

Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Ghana, Guinée, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo

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La première Liste Rouge africaine, publiée en l'an 2000 et révisée en 2010, couvre la vaste région de l'Afrique subsaharienne occidentale, l'une des zones de production artistique la plus riche et la plus pillée du continent. Elle recense les catégories d'objets les plus recherchées par les collectionneurs internationaux et donc les plus exposées au trafic illicite.

Catégories d'objets couverts

Masques

Masques cérémoniels en bois sculpté : masques Dan (Guinée/Côte d'Ivoire), Punu, Fang, Gelede (Yoruba), Chokwe. Caractéristiques : surface patinée, trous de suspension, traces de pigments naturels.

Bronzes et laitons

Bronzes de Bénin (Royaume d'Ifé et du Bénin) : plaques, têtes royales, pendentifs en alliage cuivre-zinc. Poids élevé, surface oxydée verte/noire, iconographie royale.

Bijoux et parures

Bijoux Akan (Ghana) : poids à peser l'or en laiton, figurines miniatures, colliers de perles cérémonielles. Bijoux touaregs (Niger/Mali) : croix d'Agadez en argent.

Céramiques et terres cuites

Terres cuites de Djenné (Mali) : figurines anthropomorphes, têtes dites "de nok". Céramiques Sao (Tchad/Nigeria) : urnes funéraires, statuettes.

Textiles rituels

Tissus Kente (Ghana/Côte d'Ivoire) anciens, boubous brodés cérémoniels (Haoussa), pagnes Kuba (RDC). Reconnaissables à leurs techniques de tissage et teintes naturelles.

Instruments de musique

Tambours sacrés Yoruba, balafons rituels Mandé, harpes Fang. Souvent décorés de sculptures intégrées et portant des traces d'usage cérémoniel.

Utilisation pratique

Essentielle pour les douanes des aéroports d'Amsterdam, Paris, Londres, Bruxelles et New York — principales plaques tournantes du trafic d'objets ouest-africains. Distribuée aux forces de l'ordre du G7 et aux commissaires-priseurs.

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2006 (actualisée 2013 après la crise)

Liste Rouge d'Urgence du Mali

Mali — priorité régions de Djenné, Tombouctou, Mopti, Gao, Kidal

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Publiée initialement en 2006 en réponse au pillage massif des sites archéologiques maliens depuis les années 1990, cette liste a été considérablement enrichie en 2013 au moment de la crise politico-sécuritaire au Nord-Mali, qui a provoqué le pillage de plusieurs musées (notamment le Musée Régional de Gao) et l'accélération du trafic de manuscrits islamiques uniques au monde.

Catégories d'objets couverts

Terres cuites de Djenné-Djenno

Figurines anthropomorphes et zoomorphes en argile cuite des XIIIe-XVIe siècles, provenant du site archéologique de Djenné-Djenno. Hauteur 15-50 cm, surface lissée et polie, représentations de cavaliers, personnages assis, serpents.

Manuscrits islamiques

Manuscrits en arabe sur papier ou parchemin des XIIe-XIXe siècles, souvent ornés de décorations géométriques dorées. Collections des grandes bibliothèques de Tombouctou (Mamma Haïdara, Ahmed Baba). Soumis à un régime de protection spécial depuis 2012.

Objets Dogon

Portes de greniers sculptées, statues d'ancêtres, serrures en bois de la falaise de Bandiagara. Surface ancienne avec croûte de sacrifice (sang séché, beurre de karité), proportions allongées caractéristiques.

Monnaies historiques

Monnaies d'or et d'argent des empires du Ghana et du Mali (VIIe-XVe s.), monnaies islamiques d'Afrique du Nord transitant par Tombouctou. Souvent confondues avec des monnaies ordinaires.

Utilisation pratique

Utilisée en priorité par les douanes françaises, suisses et néerlandaises. Particulièrement utile depuis 2012 pour identifier les pièces quittant le Mali via des voies de contrebande sahariennes vers le Maghreb et l'Europe.

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2011

Liste Rouge d'Urgence de la Libye

Libye — sites gréco-romains de Cyrène, Leptis Magna, Sabratha ; nécropoles berbères

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Publiée en urgence en 2011 dans le contexte du soulèvement libyen et de la chute du régime Kadhafi, cette Liste Rouge répondait au pillage immédiat des réserves du Musée National de Tripoli et des sites archéologiques majeurs de la côte méditerranéenne libyenne. Elle se distingue des autres listes africaines par l'importance des antiquités gréco-romaines et byzantines.

Catégories d'objets couverts

Antiquités gréco-romaines

Sculptures en marbre blanc (portraits, divinités, figures mythologiques), bronzes (statuettes, vases, instruments), mosaïques fragmentées. Provenant de Leptis Magna, Cyrène, Sabratha — sites classés UNESCO.

Monnaies et trésors

Monnaies puniques, grecques et romaines (bronze, argent, or) des Ve s. av. J.-C. au IVe s. ap. J.-C. Bijoux en or de l'époque romaine et byzantine : colliers, bagues, boucles d'oreilles.

Objets islamiques médiévaux

Céramiques à décor géométrique, lampes en verre soufflé, objets en bronze (bougeoirs, encriers) des périodes fatimide et ottomane (VIIe-XVIIIe s.).

Art préhistorique

Gravures rupestres sur pierre et poteries préhistoriques du Fezzan (région du Sahara libyen). Très fragiles, souvent arrachées directement de parois rocheuses.

Utilisation pratique

Distribuée aux douanes des pays méditerranéens (Italie, Malte, Tunisie) et aux pays de transit européens. Utilisée par INTERPOL dans le cadre de l'opération "COLOSSEUM" de surveillance des antiquités du Bassin méditerranéen.

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2015

Liste Rouge de l'Afrique de l'Est

Éthiopie, Kenya, Tanzanie, Ouganda, Rwanda, Burundi, Djibouti, Somalie, Érythrée

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Plus récente des listes africaines (2015), elle couvre la région est-africaine caractérisée par une extraordinaire diversité culturelle : art chrétien éthiopien, objets swahili du littoral, art Maasai et Kikuyu, cérémoniel des royaumes interlacustres. La région est également concernée par un trafic croissant d'ivoire, souvent associé au trafic d'antiquités.

Catégories d'objets couverts

Art chrétien éthiopien

Icônes peintes sur bois (saint Georges, Vierge Marie), croix processionnelles en métal ajouré, manuscrits enluminés sur parchemin de chèvre. Pigments naturels (ocre, indigo), style byzantino-africain caractéristique des XVe-XIXe s.

Objets swahili

Porcelaines chinoises et persanes de la côte (importées via le commerce de l'Océan Indien), bijoux et instruments en ivoire sculpté des villes-État swahili (Zanzibar, Mombasa, Kilwa). Surface patinée, décorations géométriques islamiques.

Masques et sculptures

Masques Makonde (Tanzanie/Mozambique) : masques de visage shetani en bois noir, portant de vraies dents et cheveux. Sculptures Kamba (Kenya), figures d'ancêtres Giriama.

Céramiques Interlacustres

Poteries des royaumes du Buganda, Rwanda et Burundi : urnes à col allongé, bols à surface noire et brillante obtenus par enfumage. Formes très caractéristiques et reconnaissables.

Utilisation pratique

Utilisée par les douanes des principaux hubs aériens de la région (Addis-Abeba, Nairobi, Dar es-Salaam) et par les forces de l'ordre des pays de transit (Émirats arabes unis, Singapour) sur les routes commerciales de l'Afrique de l'Est vers l'Asie.

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2021

Liste Rouge de l'Afrique centrale

RDC, Cameroun, Congo, Gabon, RCA, Guinée équatoriale, Tchad, Angola

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La plus récente des listes africaines, publiée en 2021, couvre le bassin du Congo et l'Afrique équatoriale, région qui abrite l'une des traditions artistiques les plus influentes sur l'art mondial du XXe siècle (Picasso, Matisse et les cubistes s'en sont directement inspirés). Elle couvre notamment les arts Kongo, Luba, Kuba, Fang et Punu.

Catégories d'objets couverts

Figures de pouvoir nkisi (Kongo)

Statues anthropomorphes en bois incrustes de clous, lames et déchets magiques (nkisi nkondi). Bases creuses contenant des substances rituelles. Surface hétérogène de matériaux incrustés. Représentent un des arts africains les plus copiés et falsifiés.

Masques Luba et Lulua

Masques à face blanche kaolin (kifwebe), représentant esprits et ancêtres. Surface à scarifications stylisées, fibres végétales. Statues féminines Luba aux coiffures élaborées, surfaces lustrées par l'huile de palme rituelle.

Arts Kuba royaux

Objets liés à la royauté Kuba (actuelle RDC) : coupes à vin de palme à effigies royales (mbuul), coffrets à divination, ceintures de cour à broderies de raphia géométriques. Identificateur clé : motifs entrelacés à empreintes géométriques.

Masques Punu et Fang (Gabon)

Masques à face blanche (okuyi) des Punu : traits fins, scarifications sur les joues, coiffure à trois nattes. Reliquaires Fang (byeri) : têtes de reliquaires gardant les crânes des ancêtres, surface huilée à reflets brun-roux.

Utilisation pratique

Liste récente en cours de déploiement auprès des douanes belges, françaises et chinoises (principales destinations des arts d'Afrique centrale). Particulièrement pertinente pour les marchés en ligne où la vente de faux et d'authentiques mêlés rend l'identification difficile.

Liste Rouge ICOM — Publiée en 2011

Liste Rouge d'Urgence de l'Égypte

Égypte — sites pharaoniques, gréco-romains, coptes et islamiques

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Publiée en urgence lors de la révolution égyptienne de janvier 2011, qui vit plusieurs musées et réserves archéologiques pillés (dont le Musée Égyptien du Caire et le musée de Mallawi), cette liste couvre les catégories d'objets de civilisation pharaonique, ptolémaïque, romaine, copte et islamique les plus recherchés sur le marché international des antiquités.

Catégories d'objets couverts

Papyrus et textes anciens

Fragments de papyrus à texte hiéroglyphique, hiératique, démotique ou copte. Souvent vendus à la pièce après découpage illicite. Reconnaissables à la texture fibreuse du matériau végétal et aux colonnes de texte calligraphié.

Ushabtis et figurines funéraires

Figurines funéraires en faïence bleue ou verte (ushabtis) portant des inscriptions du Livre des Morts. Petites sculptures en calcaire ou bois représentant domestiques, serviteurs et animaux pour l'au-delà. Souvent vendus en lots.

Scarabées et amulettes

Scarabées en faïence ou en pierre semi-précieuse (stéatite) portant cartouches royaux ou formules magiques. Amulettes en faïence représentant divinités (Horus, Bastet, Anubis). Très faciles à transporter et difficiles à tracer.

Pièces de monnaie

Monnaies ptolémaïques en bronze (bronze doré), monnaies romaines à effigies impériales (Ier-IVe s.). Souvent découvertes lors de fouilles clandestines sur les sites côtiers de l'ancien Delta du Nil.

Utilisation pratique

L'une des listes les plus utilisées au monde, distribuée dans 130 pays. Essentielle pour les douanes des Émirats arabes unis, du Royaume-Uni et de la Suisse — principales places de transit des antiquités égyptiennes sur le marché international. L'Égypte est l'État africain le plus actif dans les demandes de restitution en s'appuyant sur cette liste.

Besoin de signaler un objet suspect ?

Si vous identifiez un bien correspondant à une catégorie des Listes Rouges lors d'une vente, d'un transport ou dans une collection, signalez-le immédiatement à l'OTIBCA et à INTERPOL.